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Lecture saisissante #1 : Moi, Tituba sorcière de Maryse Condé

Pendant ma période compliquée, j’ai ressenti le besoin de fuir le monde réel et virtuel. J’adore flâner sur internet, instagram et lire des blogs, cependant, j’avais envie de m’évader.

Dans le livre Chez soi, une Odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet, cette dernière écrit «  les réseaux sociaux permettent avant tout de maintenir une forme de contact avec les autres dans des circonstances où, de toute façon, vous êtes séparé d’eux […]« .

Je partage cette réflexion car, paradoxalement, alors même qu’il arrive un moment où je me sens étouffer dans ce monde virtuel que je consomme énormément (Instagram et Twitter represent !), ce sont ces outils, et les personnes qui y partagent leurs découvertes, qui m’ont permis de mettre dans ma pile à lire deux des trois livres que je vais présenter. Ce premier billet sera donc consacré à …Moi, Tituba sorcière.

Maryse Condé est une écrivaine qui impressionne. En tout cas, cela a été mon cas. Je ne savais pas par quel livre commencer, et c’est finalement la possibilité d’assister à l’enregistrement de l’épisode « Sorcière – Tituba » de la Poudre qui m’a lancée. En prévision de ce « club de lecture », j’ai donc entamé la lecture de ce livre, qui m’a complètement bouleversée.

Résumé

« Abena, ma mère, un marin anglais la viola sur le pont du Christ the King un jour de 16** alors qu’il faisait voile vers La Barbade. C’est de cette agression que je suis née… ». Ainsi commence la roman que Maryse Condé a consacré à Tituba, fille d’esclave, qui fut l’une des sorcières de Salem. Comment Tituba acquit une réputation de sorcière à La Barbade, comment elle aima et épousa John Indien, comment ils furent tous deux vendus au pasteur Samuel Parris qui les emmena à Boston puis dans le village de Salem. C’est là, dans cette société puritaine, que l’hystérie collective provoqua la chasse aux sorcières et les procès tristement célèbres de 1692.

Mon avis

Ce livre m’a transportée. Je suis originaire des Antilles, et en lisant les descriptions de l’environnement, des paysages, je sentais les odeurs et percevais les bruits particuliers de ce paradis terrestre. Malgré un récit difficile et cruel lié au contexte esclavagiste, Maryse Condé a réussi à y glisser une certaine poésie. Sa plume crée également une réelle empathie pour le personnage de Tituba. Je dirais même plus, je m’y suis parfois identifiée. J’ai aimé le personnage de la sorcière qu’on découvre au fur et à mesure de l’intrigue, avec le lien direct aux ancêtres ; son empouvoirement graduel, dont on mesure l’impact à la fin du livre. Ce côté mystique crée une ambiance particulière, qui rend encore plus puissant cette histoire.

Enfin, j’ai énormément apprécié le côté historique. Tituba a réellement existé, on l’évoque très très brièvement dans les comptes rendus du procès des sorcières de Salem. Maryse Condé a ainsi choisi d’imaginer sa vie, réhabilitant le personnage de la sorcière noire, complètement effacée de l’Histoire au profit des sorcières blanches (ayant d’ailleurs très certainement tiré leurs savoirs des femmes noires et esclaves de leur maison).

Maryse Condé, écrivaine guadeloupéenne, féministe et indépendantiste, raconte ici la nécessaire histoire des vaincu·e·s, torturé·e·s et déshumanisé·e·s. Un ouvrage que je recommande donc vivement, parce qu’il mêle savamment enjeux politique et historique, et poésie.

Pour compléter cette lecture, je vous conseille vivement d’écouter :

Dans ce deuxième épisode de la série « Sorcières » de La Poudre en collaboration avec le podcast Après la première page, les autrices Laura Nsafou, Maya Mihindou et Kiyémis décryptent au micro de Maly Diallo et Lauren Bastide l’importance du roman « Moi, Tituba sorcière noire de Salem » de Maryse Condé, lors d’un épisode enregistré en public à la Villa Rose.

À bientôt,

Alma



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