Vivre

Le syndrome de la bonne élève

Depuis toute petite, je baigne dans la culture de la réussite. D’abord pour mon parcours scolaire, puis universitaire, car, comme beaucoup de parents, les miens souhaitaient le meilleur pour mon avenir.

Je me rappelle, lorsque j’étais élève, je me mettais une pression incroyable sur les notes. Il était pour moi impossible d’avoir moins de 14/20. Imaginez ma déception lorsque j’avais un 13,5/20 ! J’étais souvent frustrée de ne pas être aussi bonne que la première de la classe, pour autant, mes études ont été relativement faciles et agréables. In fine, je crois que cela m’a permis d’atteindre ce premier objectif de réussite sociale : occuper un poste de jeune cadre dans un secteur porteur. Case n°1 cochée.

Côté vie personnelle, c’est à peu près la même chose. Je ne peux pas dire que mes parents soient responsables puisque mon modèle familial est un peu différent de l’idéal « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Cependant, cela n’a pas entaché mon envie d’atteindre l’idéal : rencontrer quelqu’un de bien, tomber amoureuse et construire ma vie avec.

Me marier en sortant de la fac, faire un bébé dans la foulée et être propriétaire avant 30 ans. Vous voyez la check-list ? C’est un peu cette représentation que j’avais dans mon esprit quand je visualisais toutes ces étapes.

Je ne suis pas loin d’avoir atteint l’idéal. À quelques choses près. Cependant, je me rends de plus en plus compte que cet idéal n’est pas forcément celui que l’on partage toutes et tous, moi la première. Pour autant, je me sens parfois rattrapée par cette norme qui voudrait que l’on fasse les choses d’une certaine façon et pas autrement. Que l’on soit « validé·e » par la société après avoir franchi telle étape, dans un ordre précis, ou en étant comme ceci ou comme cela. La nécessité de se rapprocher d’une norme, le syndrome de la bonne élève, une construction politique, sociale et mentale qui se confronte ainsi régulièrement à ma difficulté à gérer les échecs. Ou du moins ce que j’identifie comme tels.

Je mentirais en disant que je n’attends pas. Moi la fille impatiente, qui en plus de vouloir être une bonne élève, souhaite que les choses arrivent le plus vite possible lorsqu’elle a décidé. Et attendre quand on a subi une perte, c’est proche de la torture masochiste (#jesuismonproprebourreau). Limite obsessionnelle cette histoire. Pour certain·e·s, cet empressement est exagéré rapport à leur vécu. Je ne mets pas la mienne au même plan, elle est différente, mais présente. Celle des premières fois où on a envie que cela marche presque par magie. Cette attente, c’est aussi un peu le rappel d’un échec que je n’ai pu maîtriser. Mère nature, vous comprenez. 25% de chance, si on s’en réfère aux statistiques : à priori, ça devrait être plus facile de faire un bébé que de gagner à l’Euromillion. Un peu de confiance retrouvée, quelques prières et beaucoup de travaux pratiques et on devrait vite obtenir un 20/20.

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