Vivre

C’est comment après un accouchement ? Partie 2

Devenir mère, c’est bousculer mon identité. Et ce, depuis le jour où j’ai appris que j’attendais un bébé. Tous ces mois à partager mon giron et maintenant mon individualité.

C’est un processus qui s’est fait en douceur, même si je l’admets, je ne soupçonnais pas une seule seconde l’impact que cela allait avoir sur moi. Aussi bien psychiquement que physiquement. J’ai longtemps eu peur de disparaître en devenant mère. De n’être plus que cela. Et cette crainte s’est manifesté bien avant que le projet d’avoir un bébé soit lancé.

Avant ma grossesse, j’ai eu peur de voir mon corps changer. Vous savez, l’éternelle injonction du corps parfait, du ventre bien rond et surtout des kilos à prendre « mais pas trop ». Une fois enceinte, ces inquiétudes ont disparu. Complètement effacées de mon esprit. Seules les consultations mensuelles me rappelaient l’enjeu du poids, mais je l’ai abordé de façon très sereine. Je grossissais, rien de plus normal. Je voyais un poids toujours plus haut. Mais les angoisses n’étaient plus là. J’aurais aimé être épargnée en post-partum. Je dois dire que cela n’a pas été le cas.

Je suis présentement tourmentée par un corps qui ne m’appartient plus. Ou toujours pas. Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer. Déjà pendant ma grossesse, j’ai senti que je prenais de la distance, notamment avec mon intimité. Celle-ci avait une valeur maternelle. Elle ne m’appartenait plus vraiment. Sa fonction ? Permettre à mon bébé de grandir et d’être en bonne santé. C’était son nid. Les multiples examens médicaux et l’accouchement ont amplifié cela. Mon bébé est née par voie basse, mon intimité n’était toujours pas à moi. Multiples examens, puis la rééducation. Puis la vie de femme aussi qui doit reprendre. Je tiens à préciser que j’ai été et suis toujours très respectée sur ces points. Je n’ai subi aucune violence obstétricale et je partage ma vie avec une personne qui m’aime et me respecte, sur tous les plans. Mais voilà, la pression pour que les choses soient comme avant, ou en tout cas, ressemblent à avant, est bien réelle. Je n’ai eu besoin de personne pour m’imposer ces injonctions. Elles sont juste intériorisées depuis toujours.

Aujourd’hui, je regarde mon corps et je ne le reconnais pas. Cette poitrine nourricière qui ne me plait pas. Ce corps aminci fortement (pour raison médicale) qui n’est pas le mien. J’ai l’impression de voir une autre femme que je n’ai pas choisi d’être. J’ai longtemps rêvé de perdre ce poids. Et un jour je m’en suis affranchie. Aujourd’hui, ces kilos en moins sont un fardeau. On me félicite, on me dit que je suis mieux. La société me dirait aussi que c’est génial d’avoir perdu autant 5 mois après avoir accouché. Mais moi, je n’ai pas choisi de perdre autant, je l’ai subi. Je n’étais pas consentante. Et j’ai souvent le sentiment d’avoir été trahie par ce corps.

La fatigue et les cernes foncées, les cheveux qui tombent en masse et laissent apercevoir mon crâne sur les bords de mon visage. Jamais je n’aurais pensé être complexée par mes cheveux. Enfin si, je l’ai été en raison de leur nature frisée. Mais je ne pensais pas en perdre autant. Alors c’est difficile. Malgré les repousses, la patience requise n’est pas.

Et puis il y’a le psychique. Qui suis-je ? Suis une bonne mère ? Suis-je une bonne compagne ? J’essaie de faire au mieux, mais je doute souvent que ce mieux soit satisfaisant pour les miens, et il ne l’est pas vraiment pour moi. Je me suis perdue, un peu. La maternité m’égare, loin de mon individualité. Je sais que cela est normal, mais cela perturbe. Alors j’attends que cela passe.

J’ai conscience aussi que cette matrescence est pleine de contradictions. Elle m’a emportée comme la baïne, en douceur, mais aussi avec vigueur. J’aime être maman, mais je ressens un terrible besoin d’être juste Alma. Alma toute seule. Pour ensuite être Alma la compagne. Puis Alma la mère. Ce juste équilibre qui rend la vie plus simple…

Ce billet fleuve semble triste, il ne l’est pas. Il est simplement un état de faits sur cette étape. Sur cette identité qui change. C’est difficile, mais j’ai conscience que je vis un moment important de ma vie. Je suis aimée et j’aime. Et je sais que bientôt, je regarderai tout cela avec un sourire de satisfaction. Parce que je serai de nouveau Alma toute seule. Avec son intimité. Alma amoureuse et disponible. Alma maternante et toujours aussi aimante.

2 commentaires

  • Nathalie

    Très émouvant. Tes questionnements sont parfaitement légitimes et normaux, du moins on est nombreuses à s’être poser la question sur suis je une bonne mère une bonne compagne. Se poser la question c’est généralement la preuve qu’on est sur la bonne voie. On se remet en question donc on progresse.

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