Lutter

La maternité uniformisée.

Elles ont occupé tout mon temps de cerveau disponible. Avec mon consentement. Je me suis gavée de témoignages de mères dans lesquelles j’espérais me retrouver. J’ai ingurgité des heures et de heures de leur voix, puis un jour cette réalité prit forme concrète : elles n’étaient pas moi. Elles ne me représentaient pas. Ces mots, ces médias, c’était pour Elles. Par Elles, les femmes blanches. Souvent issues de la classe moyenne supérieure. Des entrepreneuses, des blogueuses, des influenceuses. Des filles de la fame, citadine ou country folk. Des filles vivant dans des appartements bourgeois ou des maisons en bois près de la mer. Des filles déjà connues qui se dévoilent à des inconnues en quête de reconnais-sens.

Ces femmes vivent-elles les choses comme moi? Plus ou moins. Est-ce un clan que j’ai souvent envie de rejoindre ? Pour être honnête, bien souvent. Être une mère blanche est un privilège. Être une mère blanche issue d’une classe moyenne supérieure voire plus…davantage. Être une femme, mère, blanche, c’est exister au détriment des mères racisées.

Est-ce un clan que je souhaite rejoindre ? Bien souvent, mais plus trop maintenant. J’ai écouté pour découvrir qui elles étaient. Ce qu’elles avaient de plus pour être mises sur le devant de la scène. Un talent pour se raconter. Un conformisme, malgré leur individualité et leurs différences. Celui de la femme blanche, lisse et normée.

Nous, les femmes racisées, « nous ressemblons toutes ». C’est cela qu’on nous dit. Tellement que la société nous fait disparaître ou plutôt ne nous laisse pas la place. Nous nous ressemblons, nous formons un tout. Sauf quand l’altérité devient synonyme de différences excluantes. On ne parle pas de nous. On ne nous montre pas. On ne nous donne pas la voix. Et quand cela arrive, on nous déshumanise. On évoque cette altérité sauvage. Nous, les mères racisées, on nous infantilise et on ne nous écoute pas. On exige de nous, tout en ne nous laissant pas exister.

L’inverse ne se produit jamais. Jamais on ne questionne la maternité blanche. Elle est la norme. Elles sont individus. Mais Une(s). La preuve, elles cultivent l’entre-soi, sans remarquer qu’elles interrogent toujours les mêmes profils. Sans même penser qu’elles ne sont pas Uni(es)verselles. Enfin si, elles le sont Unies. Au détriment de nos existences. Elles prennent la place qu’elles ont toujours eu. Leur émancipation, c’est grâce aux femmes de nos familles. Celles qu’on voit tôt ou tard dans le métro. Celles qu’on voit garder les têtes blondes de ces appartements bourgeois. Celles dont les enfants passent en dernier, parce qu’élever les têtes blondes permet de manger.

Je me suis lassée de ces récits. Ce n’était pas pour moi, ce n’était pas des femmes comme moi. D’autres récits émergent petit à petit. Reste à trouver la solution pour sortir de cette saturation et tendre l’oreille en direction de celles qui me ressemblent. M’investir pleinement dans la maternité/parentalité Noire et me la réapproprier. Une bonne fois pour toute.

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